UN CONCEPT BERGSONNIEN 

On entend souvent parler d’élan vital à propos de l’énergie d’une personne, soit qu’elle ait « perdu tout élan vital », soit qu’elle l’ait au contraire retrouvé.
S’il remonte au moins à l’Antiquité, le terme d’élan vital a néanmoins été popularisé par Henri Bergson, philosophe français dont l’œuvre a été consacrée à la vie de la Vie – de celle de l’esprit, à celles de nos sociétés, en passant par l’évolution des espèces. Sous sa plume, dans son ouvrage « L’évolution créatrice » de 1907, l’élan vital devient “la force créant de façon imprévisible des formes toujours plus complexes”. Ce qu’il entend par là, c’est que la Vie, une fois apparue sur Terre, aurait très bien pu se contenter de la forme rudimentaire d’une bactérie monocellulaire, parfaitement adaptée à son milieu et capable de s’autorépliquer sans évoluer. Mais pour Bergson, une force explique l’évolution de la vie depuis sa mystérieuse apparition jusqu’aux 10 millions d’espèces supposées aujourd’hui. Là où la Vie est essentiellement étudiée à l’échelon de l’individu, de la naissance à la mort, Bergson invite à considérer que “l’être vivant est surtout un lieu de passage, et l’essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet.” La Vie devient donc un phénomène global, utilisant des espèces et des individus pour se déployer toujours davantage.

L’ÉLAN VITAL ET LE SENS DE LA VIE

Ce mouvement de la Vie depuis ses origines est aujourd’hui largement décrit et documenté par la paléobiologie et la paléogénétique. Sans mauvais jeux de mots, nous affirmons que le « sens » de la vie (compris comme sa signification) se superpose au « sens » de la Vie (compris comme sa direction) : celui d’une créativité continue qu’il l’amène à sans cesse se renouveler et se diversifier pour se dépasser elle-même.

DE LA VIE À NOS VIES

Nous vivons aujourd’hui dans une société en quête de sens, et pourtant peu à l’écoute de l’élan vital en chacun de nous. Or, si la Vie est création continue, on peut dire que l’élan vital n’a de succès qu’en se prolongeant lui-même dans la création d’un être créateur. Être à l’écoute du Vivant en nous, c’est chercher notre épanouissement dans les règles qui permettent l’épanouissement de la Vie : croissance, multiplicité, interdépendance, agentivité, complexification, cyclicité…

DE L’ÉLAN VITAL QUI NOUS PERMET À CELUI QUE NOUS PERMETTONS 

Si l’élan vital a permis le jaillissement de chaque espèce et au sein de chacune d’elle, le jaillissement d’innombrables individus, tous différents, réalisons que notre époque est frappée du sceau d’un rétrécissement de la Vie dû aux activités humaines. Plutôt que de lui faire obstruction, c’est pourtant en permettant au flux du Vivant de jaillir toujours plus haut et plus loin que nous trouverions une forme de plénitude et du sens à notre court passage sur Terre.

UN ÉLAN VITAL QUI PAVÉ DE JOIE

Permettre à la Vie en nous de favoriser toute vie autour de nous est non seulement vecteur de sens, mais ne peut que renforcer notre sentiment de cheminer vers le bonheur via la route de la joie. En effet, Bergson affirmait que : « Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. (…) La joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. »

VERS UN ÉLAN VITAL COLLECTIF

Mais ce triomphe ne saurait être vécu égoïstement ; il n’a de pleine saveur que s’il est partagé. Or la joie est communicative parce qu’inspirante. Ainsi, tout élan vital retrouvé est susceptible de réveiller celui d’autrui, par contagion de joie. De la création de soi par soi à la création d’un autre rapport au monde pour une société plus épanouie, il n’y a qu’un pas que soulignait Bergson : « Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie (…) Créateur par excellence est celui dont l’action, intense elle-même, est capable d’intensifier aussi l’action des autres hommes, et d’allumer, généreuse, des foyers de générosité ».

Il est urgent de retrouver son élan vital pour réveiller celui de nos sociétés et en faire des écosystèmes qui favorisent, dans la joie, toute vie, humaine et non-humaine. Telle est notre ambition à travers des stages qui invitent à cheminer vers plus de sens et de bonheur en imitant le Vivant (eudémonisme biomimétique), nous inscrivant en cela dans une tradition thérapeutique de la philosophie.